Capsules de recherche
Projet Datagotchi - Catherine Ouellet
Catherine Ouellet est professeure adjointe au département de science politique de l’Université de Montréal et cocréatrice de Datagotchi. Ce dispositif est le résultat d’un travail collectif qui rassemble professeurs, étudiants et différents partenaires. L’outil est l’un des nombreux projets du CÉCD en collaboration avec le Centre d’analyse des politiques publiques (CAPP) et la Chaire de leadership en enseignement des sciences sociales numériques (CLESSN).
- Comment décririez-vous l’infrastructure Datagotchi
Datagotchi est une application interactive qui permet aux citoyennes et citoyens de découvrir les liens entre leurs habitudes de vie et leurs préférences politiques. L’idée est de rendre visibles et compréhensibles des dynamiques sociales et électorales de façon simple, éducative et ludique.
- Quel rôle le soutien du CÉCD a-t-il joué dans le développement de Datagotchi
Ce genre de projet d’infrastructure est très coûteux (surtout en termes de développement), et le soutien financier du CÉCD a permis d’aider à la maintenance de l’application en temps de campagne électorale; autrement dit, de veiller à ce que l’outil fonctionne bien, sans soucis techniques, même lorsque l’outil accueille un gros trafic. Le soutien du CÉCD nous a par ailleurs permis de monter un site web (www.datagotchi.com) avec l’aide de notre graphiste afin, entre autres, de diffuser des analyses réalisées avec les données collectées. Lors de la dernière campagne électorale, le site était mis à jour pratiquement quotidiennement avec de nouvelles données.
- Quels résultats ou avancées ce projet a-t-il permis ?
Concrètement, Datagotchi a déjà permis de rejoindre plus de 200 000 utilisateurs au Québec, au Canada et aux États-Unis. À travers l’outil, on tente notamment de conscientiser les citoyens à la valeur de données qui peuvent sembler triviales, mais qui pourtant sont de plus en plus utilisées par les stratèges à des fins électorales (on a qu’à penser au scandale impliquant Facebook et Cambridge Analytica). Les praticiens ciblent de plus en plus sur la base du style de vie. Ces données inédites nourrissent par ailleurs nos recherches, et sont mobilisées dans le cadre de différents travaux de maîtrise et de doctorat. Les recherches menées jusqu’à maintenant révèlent des corrélations souvent assez fortes entre le style de vie (par exemple, les loisirs ou la consommation matérielle) et le vote. Ces associations sont généralement plus fortes chez les électeurs des partis aux « extrêmes » du spectre idéologique gauche-droite, par exemple Québec Solidaire et le Parti conservateur du Québec. Nos recherches montrent aussi que le style de vie peut servir d’heuristique, ou de raccourci, pour inférer l’appartenance politique d’autrui, amplifiant (parfois à tort) les différences entre les groupes.
- Quels outils ont été développés ou utilisés ? Qui peut y avoir accès ?
D’abord, les données sont complètement anonymisées, et donc l’identité des répondants ne peut en aucun cas être retracée. Le pipeline de données a été conçu de sorte à respecter les standards éthiques de la recherche au Canada. Ceci dit, les données des différentes éditions peuvent être partagées dans certaines conditions, et à des fins de recherche uniquement. D’ailleurs, plusieurs collègues du CÉCD en bénéficient directement, alors qu’ils ont eux-mêmes inséré des questions dans la dernière version de l’outil à des fins de .
- Quelle suite donnerez-vous à ce projet ?
Avec d’autres collègues, nous sommes en discussion afin de développer l’outil dans de nouveaux contextes, notamment en Indonésie, en Tunisie et au Sénégal. À suivre!
